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Poésie

Un Arbre Deux Vies

Enceinte d’une parole qui creuse la terre
trop jeune pour accoucher mais tendue vers le ciel
Née pour donner, je suis née pour donner. 

Attendre que la pousse grimpe, elle est en soi dissimulée
vortex soyeux contraint de traverser sa carapace
pour jouer aux enchères cruelles d’une chair emballée.

Je viens de deux mais je suis la seule et sans toit,
ma demeure est de changer les cieux en moi
le « je » sans cesse recommence ce premier instant  

la petite fille entend crier sa mère, une rose amère qui nuit,
d’un pied expiré, l’orteil en éveil…
son père frappe ma mère
« dessines-moi un arbre »,
le mur blanc aspergé de thé.

Sous le toit d’un ciel qui change en moi,
les murs aspergées sans bonté, la table basse fracassée,
Gouttes infinies en relief
le thé reluit du blanc d’autrefois.

« Dessines-moi un arbre », enceinte d’une parole ma mère me le dit
trop jeune pour accoucher mais tendue vers le ciel ,
je suis née pour donner un fruit encore trop petit.

On a recouvert le mur des couleurs de l’amour
je viens de deux mais seule j’évite des gouttes de thé
qui ont transformé en arbre le blanc innocent de la nuit.

La graine que tu viens de me donner, je vais la cultiver, mais,
bois un peu pour qu’Adam avale ma pomme sous le soleil ardent,
le jardin des délices est encore sans ombre, la vie a besoin de fraîcheur pour pousser.

En dessous des apparences, nous tressons des liens qui plongent à l’infini
pour puiser dans le minéral à midi encore plus de vie, l’envie de l’eau que
je viens de deux mais à puissance cinq nous sommes déjà nombreux en synergie. 

Semblable aux « soufflier » des déesses, le sablier de mon tronc qui compte le temps
dont la vie a besoin et aussi de fraîcheur pour s’ériger en lumière, une chaleur jaillit,
tic et tac, chaque arbre reconnaît ses fruits, je suis encore née pour donner, petit à petit.

Le réseau des racines a percé son mystère sans rien dire.
l’arbre a deux vies, celles des ombres qui montent vers le ciel,
et mon infinie patience qui embrase passionnément les dentelles de lumière.

Assise au pied de l’arbre que j’adore depuis l’origine, j’arrose chaque instant de simplicité à l’infini ,
sans m’inquiéter il faut recommencer, tout ce qui m’a tué est revenu à la vie,
un deux trois deux un, tic tac, rentre dans le temps,
découvrir cet instant,
vivre dedans.

Mudra Chorésophe
Ibiza le 24 Décembre 2015

Au cœur de l’immense intime de son propre corps, le Chorésophe, l’être en danse, le danseur de connaissance, se laisse naître à l’infinité du temps, se laisse respirer, se donne à ce qui se danse en lui. Et ce qu’il danse en lui devient sens, présent et présence à la fois. Son désir de danser autre, de se danser au delà de soi, instaure la gestuelle d’une chorésophie qu’il sculpte et déploie selon cinq dimensions essentielles ; le corps, le souffle, l’espace, le temps et l’énergie.

C’est un Sensorium de création permanente, un lien entre les instants du présent, une traversée qui nous porte vers l’inconnu, l’inattendu, entre l’immanent et le transcendant.

Raji Chorésophe

Je ne sais plus rien des différences.

Pourtant,
de la nuit vers le zénith
la lumière explose
de certitude.

Quand j’ai réalisé la splendeur de l’existence je suis revenue sans préavis à la poussière qui m’avait fécondée.

La sensation simple de n’être rien, magnifiquement, le présent me remplit de jouissance.

Tant d’enthousiasme me porte à renaître en corps à travers l’inutile des prétentions qui ornent les narcisses du mirage.

Pourtant rien de sert de courir de périr ou même de mourir, il suffit de partir à point, de rendre le présent à son destin.

Puiser dans la douleur la puissance des couleurs pour en manifester, bouche bée, des splendeurs… celles qui ouvrent mon cœur, le bon-heurt.

Nous sommes complices dans cette matrice, celle qui nous a fait futiles à rêver que nous étions des pensées.

Danse et pense et puis condense la portée de ce silence.

Une pulsation divine à rythmé nos airs sans nous confirmer rien de ce que nous pourrions affirmer.

Pense, danse, condense la lumière et oublie ce qui te définit puisque tu sais que tout va bien.

Mudra Chorésophe
le 9 Août 2017